COMMENT FAIRE DU THÉÂTRE PENDANT LA PANDÉMIE ?

INTERVIEW COMPLÈTE EN EXCLUSIVITÉ

Suite à l’article de Mathis Benaben dans le Sud-Ouest Dimanche du 20 juin 2021, voici l’interview complète en exclusivité.

Mathis Benaben: Comment l’annonce de l’arrêt des spectacles a-t-elle été vécue ?

Valerie Liotard: L’annonce du premier confinement et l’arrêt des cours et de notre travail de pratique théâtrale à l’Option Théâtre était un choc et une énorme déception. C’était la première année de l’Option Théâtre. Les élèves faisaient un travail d’écriture autour de la série Twin Peaks avec Iris Trystram de la Compagnie Vous Êtes Ici de Villeréal. On devait participer au Printemps des Arts de la Scène, au Festival des Lycéens, et évidemment faire la première au Lycée. C’était comme si tout s’écroulait. C’est extrêmement frustrant quand on travaille dur de ne pas aller jusqu’au bout. Quand on répète une pièce, il y a toujours l’envie de monter au plateau, de raconter cette histoire à des spectateurs, de partager cette passion avec d’autres personnes. On ne se rendait pas encore compte de l’ampleur de la pandémie ni de toutes les répercussions pour le monde de la culture, la grande sacrifiée. Certains optimistes imaginaient que l’on reprendrait vite. Quelques semaines au plus…. Ce qui nous arrivait dépassait les pires scénari. Comme si du jour au lendemain, nous avions basculé dans une dystopie de mauvais goût. Inimaginable. Insupportable. 

On a repris les cours en septembre remplis d’espoir avec Luc Cognet et Rémy Deney de la Compagnie Prométhée. Il fallait s’habituer à la nouvelle normalité, intégrer toutes les consignes de sécurité, les règles d’hygiène renforcées. Mais comment faire du théâtre avec des masques et sans se toucher ? Voire à distance par video chat? Ça paraissait absurde! On a appris à se réinventer. On a appris à faire résonner la voix encore plus fort. 

Avec la fermeture des théâtres, impossible d’aller voir des pièces, des spectacles vivants. D’habitude, on participe à l’initiative de l’Ecole du Spectateur: la possibilité pour les élèves d’aller voir des spectacles de qualité en soirée, d’apprendre les codes d’une salle de théâtre avec des spectateurs adultes, d’y prendre goût. Alors, on se demande en quoi l’art est-il essentiel dans nos vies et quel rôle les artistes jouent dans notre société alors qu’ils se voient privés de leurs espaces de création et de liberté. 

M.B.: Qu’est ce qui a pu être fait durant cette période de « fermeture » ? Comment se préparer avec autant d’incertitudes ? 

V.L.: Le plus difficile reste les annonces officielles au compte-gouttes qui peuvent à nouveau tout chambouler du jour au lendemain. Très tôt, on est passé à la lecture du texte d’Electre de Tiago Rodrigues. Luc et Rémy ont fait la distribution avant les vacances pour que les élèves puissent commencer à apprendre leur rôle. Et puis, on est passé au système semaine A / semaine B pour réduire les effectifs des classes, ce qui semble marcher vraiment pour stopper la propagation du virus. Sauf que pour l’Option Théâtre, notre groupe a été scindé en deux. Impossible de travailler tous ensemble! D’où, après concertation et réflexion, la décision de travailler sur deux pièces au final. Le groupe avec Luc, la tragédie, Electre. Le groupe avec Rémy, Ouasmok de Sylvain Levey, une comédie avec 2 personnages qu’il connait par coeur pour l’avoir jouée pendant plusieurs années dans le cadre du Théâtre à l’Ecole. Il a fallut tout redistribuer et repenser. 

Il y a eu des moments terribles aussi où on a tremblé de peur quand M. Buigues et sa famille ont testé positifs. M. Buigues, lui qui restait résolument optimiste, lui qui y croyait toujours, lui qui avait réussi à organiser un concours d’éloquence impressionnant avec ses élèves ASSP. Puis, la semaine juste avant la représentation, une élève doit rester chez elle, cas contact. Ça c’était la pire des incertitudes. Pas seulement un spectacle en jeu, mais des vies de gens qu’on aime. La réalisation que ça n’arrive pas qu’aux autres. Nous sommes tous dans cette galère! Heureusement, le soulagement infini, la joie innouïe de les voir de retour, en bonne santé, sain et sauf. 

Le plus agréable, c’était la motivation des élèves qui étaient toujours prêt.e.s à donner le meilleur d’eux/elles même – cette envie incroyable de jouer  contre vents et marées. Avec les beaux jours, on a commencé à répéter dehors, de pousser la voix, de la faire résonner contre les bâtiments jusqu’à ce qu’elle trouve l’écho et s’amplifie, de trouver du plaisir à jouer, d’essayer sans masque quand on est loin des autres. Espoir de pouvoir jouer dehors avec une jauge réduite. Avec les contraintes, on pense à des solutions, on innove. Luc répète: « Allez on recommence! On avance! Noir. Lumière! »

M.B.: Quelle sensation cela vous procure-t’il d’avoir enfin pu jouer ? 

V.L.: Avec M. Buigues qui co-anime l’Option Théâtre du Lycée Leygues-Couffignal, nous étions soulagés, heureux pour les élèves et fiers de leur engagement, l’énergie qu’ils.elles ont su convoquer pour que le spectacle soit une réussite. Avant l’Option, nous avons co-animé l’Atelier Théâtre ensemble pendant plus de 7 ans. Depuis toujours, nous aimons voir les élèves briller, oser, s’exprimer, se dévoiler, entendre leurs voix et savourer avec eux le plaisir d’y être arrivé, d’avoir construit ensemble quelque chose qui résonnera en nous et nourrira nos âmes et celles des spectateurs  pendant longtemps encore. Toutes les meilleures histoires nous renvoient à ce que c’est être humain. Nous en avons besoin. Nous avons besoin de vibrer à l’unison, de nous laisser traverser par toutes ces émotions riches et complexes. C’est vital. 

M.B.: Comment vivez vous personnellement le retour du monde de la culture ? Des espoirs/craintes ? 

V.L.: Comment aurions-nous pu (sur)vivre les confinements sans livres, sans poèmes, sans musique, sans films? Mais ne risquons-nous pas de devenir des Robinson Crusoe modernes, les yeux rivés à nos écrans, cherchant quelque réconfort et divertissement, tout seuls sur nos îles désertes peuplées de foules virtuelles? 

L’été dernier, j’étais ravie d’aller voir à Villeréal le projet théâtral monté de A à Z par des élèves du lycée et leurs ami.e.s. C’était une vraie bouffée d’air frais. Une pièce très drôle jouée en extérieur en respectant la distanciation physique, L’Alambiquée Histoire du Possible Ex-Futur Roi. Mes premiers pas dans la nouvelle normalité. 

Je remercie toute la troupe de tout cœur pour leur enthousiasme, leur créativité, leur talent et leur sens de l’humour décalé. Ils m’ont beaucoup fait rire sur instagram et sur scène. Nous avons grand besoin de rire aussi!  Un grand merci à Mathis Benaben et Thomas Mignano pour leur invitation à partager cette aventure théâtrale extraordinaire remplie de passion et de générosité.

Deux ans plus tard, entrevoyons-nous vraiment le bout du tunnel ? Tout ré-ouvre. Plus de masques sur les terrasses. Pour combien de temps ?

Je ne suis pas à l’aise avec les je-m’en-fous-tistes, les égoïstes ados éternels faux-rebelles carpediem assoiffés de YOLO (You Only Live Once) qui mettent la vie des autres en danger. 

Je suis excédée par la politique colonialiste et arrogante des pays les plus riches et le manque de solidarité internationale. La pandémie continuera  encore longtemps sans une distribution équitable des vaccins dans tous les pays du monde. Je pense à notre assistante indienne qui était avec nous pendant deux ans. On ne peut pas faire comme si tout allait bien. Je crains que nous nous réjouissions trop vite. 

Cela étant dit, j’ai hâte de pouvoir aller voir des spectacles, d’écouter de la musique dans un concert, de danser, de visiter des musées. Ça me manque énormément évidemment. Mais j’aimerais aussi être libérée de la menace de la pandémie, et retrouver un peu de l’insouciance d’avant, le sentiment d’être en sécurité.

 
CET ÉTÉ, THÉÂTRE!  What else ?

Mon choix se portera sur Villeréal, tout d’abord avec la 12ème édition d’Un Festival à Villeréal pour voir le théâtre autrement du 2 au 10 Juillet 2021, un festival qui existe depuis 10 ans grâce à Samuel Vittoz et Iris Trystram de la Compagnie Vous êtes ici. 

Pour découvrir la programmation cette année, visitez http://unfestivalavillereal.org/

Et puis mon coup de coeur, Vola-t-il? du Projet Théâtre à Villeréal le 17 juillet. 

Visitez leur page Instagram @theatre_a_villereal 

D’autres iront sans doute en Provence à la 75ème édition du Festival d’Avignon se délecter des meilleurs spectacles et écouter le champ envoûtant  des cigales au pied du Mont Ventoux. 

Pour découvrir la programmation du 5 juillet au 25 juillet cette année, visitez

https://festival-avignon.com/fr/edition-2021/programmation/par-date

A moins que vous ne préfériez le cinéma et continuiez votre escapade estivale jusqu’à Cannes pour la 74ème édition de son festival du 6 au 17 juillet cette année de pandémie et frôler du regard les stars de renommée internationale sur la Croisette ?

https://m.festival-cannes.com/en/

Photos prises par Valerie Liotard pendant les répétitions en extérieur sur les sites Couffignal et Leygues avec Luc Cognet, Rémy Deney, Jean-Robert Buigues et tous les élèves de l’Option Théâtre. Encore bravo pour leur résilience et leur passion pour le théâtre. C’était un bonheur immense de les voir se dépasser et donner le meilleur d’eux-mêmes. Merci de tout coeur à Lisa Bertsch, Lana Buigues, Sara Del Puerto, Camille Draidi, Amanda Gautier, Heather Guesse, Youwan Limbert, Emmy Ruf, Pénélope Russac et Maxim Van de Wijgert. Merci à la Compagnie Humaine (dernière photo) pour leur spectacle Cent Titres de Ces Jours de Rémi Boiron. Un grand merci à « la Prod » et Mathis Benaben pour son sens de l’humour, sa passion pour le théâtre amateur et l’écriture qu’elle soit théâtrale ou journalistique. 

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